carrières et carriers de grès du massif de Fontainebleau et alentours

Bien connus des amateurs de randonnée mais surtout d’escalade, les grès de Fontainebleau eurent longtemps une vocation tout autre : durant des siècles, ils ont été débités afin de servir à la construction, celle du palais et des maisons anciennes mais aussi pour le pavage des rue de la capitale grâce à la Seine qui en facilitait le transport. Aujourd’hui silencieuses, les multiples carrières ont laissé bien des traces qui font aujourd'hui partie du patrimoine. Ce blog propose de populariser toutes les initiatives qui visent à valoriser ou mieux faire connaître ce patrimoine auprès du grand public

À propos de l’emploi des femmes dans les carrières de grès des environs de Paris et dans le massif de Fontainebleau au XIXème siècle.

2 Commentaires

Comme le montrent ces deux  gravures de A. Lançon extraites du numéro 1415 de la revue l’Illustration, journal universel, du 9 avril 1870, les femmes ne sont pas exclues du travail dans les carrières de grès des environs de Paris au XIXème siècle. Un article intitulé « Les pavés de Paris »  accompagne les images d’une carrière probablement située « dans la vallée de l’Yvette, aux alentours  de Chevreuse ou  d’Orsay ». Son auteur, Camille Personnat, précise : « les pavés sont transportés à dos de femmes et d’enfants (…) Pour charger, ils placent leur crochet sur un chevalet, en lui donnant une position telle qu’une ficelle, attachée à une petite pierre, suffit pour le maintenir en équilibre jusqu’à charge complète. Le transport n’est pas sans quelque danger ; car les porteurs sont quelquefois obligés de passer dans des sentiers escarpés et sur des planches à peine assujetties de chaque côté d’une large tranchée (…) Les malheureuses qui s’y engagent, chargées d’un lourd fardeau risquent souvent d’être précipitées. Il y faut un pied solide et exercé ». On s’interroge sur le poids de ce  «lourd fardeau ». Le journaliste n’en dit rien et nous sommes amenés à l’imaginer. Sachant que la densité du grès est d’environ 2,3, un rapide calcul peut nous donner une indication. Un pavé cubique de 11,5 cm de côté, qui correspond à un demi-pavé d’échantillon en tous sens, pèse environ 3,5 kg. Un pavé cubique de 15 cm de côté qui correspond mieux à la réalité du dessin (entre le bas des reins et le haut de la nuque, on peut mesurer au minimum 60 cm chez un adulte) pèse 7,8 kg environ. Si on multiplie par quatre comme le montre la gravure, on se fait une idée de la dureté de la tâche… sans parler du pavé d’échantillon, répandu à certaines périodes, un cube de « 23 cm en tous sens » (1) qui pèse 28 kg. 

 Dans le massif de Fontainebleau, des femmes, sans être très nombreuses, travaillaient également dans les carrières de grès.  C’est ce que nous rapporte Victor de Maud’huy  dans un ouvrage consacré aux « Carriers de Fontainebleau» publié en 1846 (2) :  « Le sexe féminin n’est pas entièrement refusé à cette rude profession ; une femme de la ville, morte de vieillesse il y a une douzaine d’année, a fait état de travailler avec son mari aux carrières du Mont-Saint-Germain. Elle lui faisait les mortaises (3)  dans les masses (…) Elle avait reçu le surnom de la Grande-Sirène, et était à tous égards estimée de tous (…) Une autre en avait pris l’habitude, en accompagnant son mari aux carrières pour mettre obstacle à son penchant à l’inconduite; une troisième présentement mariée, s’adonnait au charroi et par suite à la charge de placer les pavés sur sa voiture ; cette dernière opération étant pénible, souvent les carriers y aidaient. Les femmes de cette classe ouvrière sont laborieuses ».

A la fin du siècle, des femmes sont toujours présentes dans les carrières. Un article de l’Abeille de Fontainebleau du 27 janvier 1899 précise : «  le nombre de carriers travaillant en forêt va chaque année en diminuant (…) L’année 1898 donne le chiffre de 60 carriers, un jeune de moins de 18 ans et 4 femmes soit au total 65 ouvriers qui ont taillé durant les 12 mois écoulés 168236 pavés et tirés 4646 m3 de pierre calcaire, sable, pierre siliceuse ou grève. » L’article donne une répartition des carriers par commune et par sexe et permet de savoir que 2 femmes habitent Fontainebleau, l’une Milly-la-Forêt et la dernière le hameau des Sablons. Les recherches entreprises n’ont pas permis, jusqu’à présent, de connaître leur identité. Patrick Dubreucq

(1) Cahier des charges de l’entreprise des travaux d’entretien du pavé de Paris de 1835 à 1838, article 7. Bibliothèque historique de la ville de Paris.

(2) Disponible à la Médiathèque de Fontainebleau, service du Patrimoine.

(3) Voir publication du 15 juin 2020

2 réflexions sur “À propos de l’emploi des femmes dans les carrières de grès des environs de Paris et dans le massif de Fontainebleau au XIXème siècle.

  1. Merci pour ce bel article qui célèbre si bien la journée des femmes. En racontant avec précision leurs dures conditions de travail vous ressuscitez ces femmes et vous nous faites réfléchir à ce qu’étaient les conditions de travail dans une époque pas si lointaine. L’énergie facile a tout transformé…mais pour combien de temps encore ?
    Sonia

  2. Merci pour votre compliment !

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