carrières et carriers de grès du massif de Fontainebleau et alentours

Bien connus des amateurs de randonnée mais surtout d’escalade, les grès de Fontainebleau eurent longtemps une vocation tout autre : durant des siècles, ils ont été débités afin de servir à la construction, celle du palais et des maisons anciennes mais aussi pour le pavage des rue de la capitale grâce à la Seine qui en facilitait le transport. Aujourd’hui silencieuses, les multiples carrières ont laissé bien des traces qui font aujourd'hui partie du patrimoine. Ce blog propose de populariser toutes les initiatives qui visent à valoriser ou mieux faire connaître ce patrimoine auprès du grand public

À propos de la disposition des grès dans le paysage du massif de Fontainebleau et du type de carrière rencontré : carrières d’éboulis et carrières de banc

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Dans le massif de Fontainebleau, le grès se présente principalement sous deux formes : des chaos rocheux et des platières. Le grès des platières couronne de grands alignements parallèles, grossièrement est-ouest, qui dominent d’environ 50 m des dépressions sableuses (vallées). Ces alignements gréseux s’étirent souvent sur plusieurs kilomètres et se répètent à peu près tous les kilomètres. Ils sont très distincts et impriment leur rythme au paysage et au randonneur. Selon le géologue Médard Thiry, « ces rides correspondent à d’anciennes dunes littorales formées par le vent en arrière des plages. Une nouvelle dune se formait au rythme du retrait de la mer stampienne du Bassin de Paris vers la Mer du Nord. Ce n’est que récemment, pendant les périodes glaciaires, que se sont formés les grès, au fur et à mesure que la couverture calcaire et les sables étaient entaillés par l’érosion. Puis l’érosion a entaillé les sables non cimentés des vallées et mis les platières gréseuses en relief. Dans le même temps, l’érosion de la dalle gréseuse des platières sur ses bordures a conduit à sa fracturation, l’éboulement des blocs libérés et leur altération sur les pentes. C’est ainsi que ce sont formé les chaos rocheux qui ourlent les platières. »

Dans les chaos rocheux, on trouve des carrières d’éboulis et sur le bord des platières on trouve des carrières dites de banc car on exploite le banc de roche c’est à dire la dalle de grès de la platière.

Les carrières d’éboulis ont exploité les blocs éboulés des chaos. Ce sont les grès les plus accessibles en venant des vallées et pour cette raison sont certainement les plus anciennes et à usage local. C’est une exploitation économique, qui nécessite peu de travaux préalables car on y exploite des blocs apparents ou semi-enterrés. Pour des raisons pratiques, ce sont souvent les chaos rocheux les plus proches des lieux habités qui ont été les plus exploités. Cependant, à cause de son exposition aux intempéries, le grès des éboulis n’est pas toujours de la meilleure qualité et les entrepreneurs des travaux publics, notamment ceux du pavé de Paris, préféraient le grès des carrières de banc.  A l’observation, pour identifier les anciennes carrières d’éboulis, il faut rechercher les écales c’est-à-dire les déchets de grès qui accompagnent l’exploitation comme on peut le voir sur l’image ci-dessous

Carrière d’éboulis, secteur oriental du Long Boyau. Photo P. Dubreucq 2017

Dans les carrières de banc, le grès se présente sous la forme de dalles horizontales ou bancs ininterrompus de plusieurs dizaines de mètres de longueur et de largeur dont l’épaisseur peut atteindre plusieurs mètres et recouverts, le plus souvent, d’une couche de calcaire. Les carrières de banc fournissent souvent un grès plus dur et de meilleure qualité que les carrières d’éboulis car il a été protégé des intempéries et des altérations par la couche calcaire qui le surmonte. C’est un grès bon pour le pavé mais son exploitation demande plus de main d’œuvre que l’exploitation des éboulis. En effet, ce n’est qu’une fois la base et le sommet du banc dégagé́ de la terre et de la végétation qui l’encombrent, que l’attaque de la roche de grès peut commencer.  Sur la photo ci-dessous, au premier plan en haut à gauche, on peut constater que des  terrassiers  ont commencé à dégager le sommet du banc des terres de couverture sur au moins deux mètres d’épaisseur. Suivant la qualité de la roche et la force de l’érosion, la paroi du front de taille peut présenter un aspect particulièrement lisse et régulier comme ici ou au contraire fracturé, cisaillé en pile d’assiette comme on peut le voir dans d’autres carrières du massif de Fontainebleau, au Mont Ussy par exemple. A la base du front de taille on distingue une sorte de terrasse appelée forme . C’est sur cet espace dégagé et aplani que les carriers dédoublaient le grès, façonnaient et stockaient les pavés avant leur évacuation. Sur la gauche de la photo, on aperçoit les déblais de carrières composés des grès trop tendres et mal taillés qu’on nomme  écales  qui s’accumulent, avec les terres de couverture, derrière le front de taille au fur et à mesure que le carrier avance. En longeant un front de taille, on peut constater que les monticules de déblais sont interrompus à intervalle régulier, tous les vingt à trente mètres, par des chemins étroits de vidanges qui permettaient d’évacuer les grès taillés. Nous reviendrons sur ce sujet dans un prochain billet. Patrick Dubreucq.

Carrière de banc, secteur occidental du Long Boyau. Photo P. Dubreucq, 2016.

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