carrières et carriers de grès du massif de Fontainebleau et alentours

Bien connus des amateurs de randonnée mais surtout d’escalade, les grès de Fontainebleau eurent longtemps une vocation tout autre : durant des siècles, ils ont été débités afin de servir à la construction, celle du palais et des maisons anciennes mais aussi pour le pavage des rue de la capitale grâce à la Seine qui en facilitait le transport. Aujourd’hui silencieuses, les multiples carrières ont laissé bien des traces qui font aujourd'hui partie du patrimoine. Ce blog propose de populariser toutes les initiatives qui visent à valoriser ou mieux faire connaître ce patrimoine auprès du grand public


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Décembre 2020 : les calcites de Fontainebleau sont à l’honneur du dernier numéro de la revue « Le Règne Minéral ».

Le Règne Minéral, revue à l’attention des amateurs et collectionneurs de minéraux, consacre une partie de son n° 156 aux Calcites de Fontainebleau. L’article réexamine le contexte historique et géologique de ces calcites à esthétique si particulière. Il est montré comment au 18ème siècle, les collections françaises ont fourni de nombreux échantillons qui sont à l’origine de la description et de la définition des espèces minérales. Est aussi donné un historique de la découverte, la perte et la redécouverte de l’exceptionnelle Grotte aux Cristaux. Fontainebleau est une sorte de « localité type » pour ces cristaux de calcite avec grains de sable inclus. L’un des auteurs, le géologue Médard Thiry, a bien voulu répondre à quelques questions.

A-t-on une idée de l’âge de ces calcites ? Ces calcites sont d’âge Quaternaire et liées aux périodes glaciaires. Elles ont moins de 1 Ma (million d’années) et de nombreuses ont été datées entre 30 000 et 20 000 ans, c’est-à-dire de la dernière glaciation. Elles sont sans rapport avec l’âge du dépôt des Sables de Fontainebleau qui les contiennent (30 Ma). Leurs alignements au sein des sables suggèrent une précipitation à partir d’anciennes nappes phréatiques. Elles sont des archives de l’interaction entre les eaux météoriques de surface et les eaux profondes de la nappe. Ces anciens niveaux de nappe permettront à l’avenir de reconstruire les anciens paysages bellifontains et leur incision par les vallées. 

Où les rencontre-t-on ? Les calcites se rencontrent presque toujours dans les sables. Mais il en existe aussi incluses dans les dalles de grès. Ces dernières sont précieuses. Étant contenues dans le grès, elles se sont formées dans le sable avant sa cimentation en grès. Elles sont donc plus anciennes que le grès qui les contient. Leur datation permet ainsi de fixer l’âge maximum que peut avoir le grès. C’est le seul élément dont on dispose actuellement pour la datation directe des grès. 

On parle de trous de calcite, de quoi s’agit-il? Les calcites sableuses sont sensibles à l’altération. Exposée aux intempéries la calcite est lentement dissoute, et ne restent en place que les grains de sable qu’elle contenait. C’est l’origine des nombreux trous de taille centimétrique à décimétrique que présentent souvent les grès à l’affleurement. De très beaux exemples sont visibles aux Rochers et Platières de la Gorge du Houx, à proximité du « village des carriers », Rte Jean, Parcelle 116. Les trous s’y alignent en plusieurs niveaux superposés qui correspondent à des niveaux successifs de la nappe qui a provoqué la précipitation de ces nodules de calcite. 

Peut-on observer de la calcite en place dans le grès? La calcite en place dans les grès est très difficile à voir. Ce n’est qu’une observation attentive à la loupe et un test à l’acide qui permet de la détecter. Mais les carrières de grès offrent de voir les trous de dissolution des calcites qui présentent des moulages de cristaux qui ont été dissouts. Quelques exemples sont visibles sur les anciens fronts de taille autour de la Platière de la Gorge du Houx. Et pour cela, les carrières sont tout aussi précieuses que les calcites, sans front de taille, pas de calcite incluse à prélever pour datation. Un truc … chut … il n’y a jamais d’araignée sur les grès strictement siliceux, elles ne sont que sur les grès qui contiennent de la calcite … merci madame l’araignée !

Platière de la Gorge au Houx, Rte Jean (P 116). Sur le front de taille d’une ancienne carrière. Alignement de trous correspondant à des groupements de calcite sableuses dissoutes. Les trous sont presque systématiquement occupés par des araignées dont la présence indique qu’il reste encore des résidus de calcite dispersés dans le grès. Photo Thiry, 2016.

Références

Thiry, M., De Ascenção Guedes, R., Chiappero, P.-J., Martaud, A., 2020, Les calcites de Fontainebleau, Seine-et-Marne, et autres calcites sableuses revisitées …, Le Règne Minéral, 156, p. 7-37.

Bailly, S., 2020, À la découverte des calcites de Bonnevault, Larchant, Seine-et-Marne, Le Règne Minéral, 156, p. 38-40.

Outre de nombreuse figures les articles présentent plus de 10 planches d’échantillons exceptionnels. Commande possible auprès de la revue Le Règne Minéral, 14€ frais d’envoi inclus


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À propos de la disposition des grès dans le paysage du massif de Fontainebleau et du type de carrière rencontré : carrières d’éboulis et carrières de banc

Dans le massif de Fontainebleau, le grès se présente principalement sous deux formes : des chaos rocheux et des platières. Le grès des platières couronne de grands alignements parallèles, grossièrement est-ouest, qui dominent d’environ 50 m des dépressions sableuses (vallées). Ces alignements gréseux s’étirent souvent sur plusieurs kilomètres et se répètent à peu près tous les kilomètres. Ils sont très distincts et impriment leur rythme au paysage et au randonneur. Selon le géologue Médard Thiry, « ces rides correspondent à d’anciennes dunes littorales formées par le vent en arrière des plages. Une nouvelle dune se formait au rythme du retrait de la mer stampienne du Bassin de Paris vers la Mer du Nord. Ce n’est que récemment, pendant les périodes glaciaires, que se sont formés les grès, au fur et à mesure que la couverture calcaire et les sables étaient entaillés par l’érosion. Puis l’érosion a entaillé les sables non cimentés des vallées et mis les platières gréseuses en relief. Dans le même temps, l’érosion de la dalle gréseuse des platières sur ses bordures a conduit à sa fracturation, l’éboulement des blocs libérés et leur altération sur les pentes. C’est ainsi que ce sont formé les chaos rocheux qui ourlent les platières. »

Dans les chaos rocheux, on trouve des carrières d’éboulis et sur le bord des platières on trouve des carrières dites de banc car on exploite le banc de roche c’est à dire la dalle de grès de la platière.

Les carrières d’éboulis ont exploité les blocs éboulés des chaos. Ce sont les grès les plus accessibles en venant des vallées et pour cette raison sont certainement les plus anciennes et à usage local. C’est une exploitation économique, qui nécessite peu de travaux préalables car on y exploite des blocs apparents ou semi-enterrés. Pour des raisons pratiques, ce sont souvent les chaos rocheux les plus proches des lieux habités qui ont été les plus exploités. Cependant, à cause de son exposition aux intempéries, le grès des éboulis n’est pas toujours de la meilleure qualité et les entrepreneurs des travaux publics, notamment ceux du pavé de Paris, préféraient le grès des carrières de banc.  A l’observation, pour identifier les anciennes carrières d’éboulis, il faut rechercher les écales c’est-à-dire les déchets de grès qui accompagnent l’exploitation comme on peut le voir sur l’image ci-dessous

Carrière d’éboulis, secteur oriental du Long Boyau. Photo P. Dubreucq 2017

Dans les carrières de banc, le grès se présente sous la forme de dalles horizontales ou bancs ininterrompus de plusieurs dizaines de mètres de longueur et de largeur dont l’épaisseur peut atteindre plusieurs mètres et recouverts, le plus souvent, d’une couche de calcaire. Les carrières de banc fournissent souvent un grès plus dur et de meilleure qualité que les carrières d’éboulis car il a été protégé des intempéries et des altérations par la couche calcaire qui le surmonte. C’est un grès bon pour le pavé mais son exploitation demande plus de main d’œuvre que l’exploitation des éboulis. En effet, ce n’est qu’une fois la base et le sommet du banc dégagé́ de la terre et de la végétation qui l’encombrent, que l’attaque de la roche de grès peut commencer.  Sur la photo ci-dessous, au premier plan en haut à gauche, on peut constater que des  terrassiers  ont commencé à dégager le sommet du banc des terres de couverture sur au moins deux mètres d’épaisseur. Suivant la qualité de la roche et la force de l’érosion, la paroi du front de taille peut présenter un aspect particulièrement lisse et régulier comme ici ou au contraire fracturé, cisaillé en pile d’assiette comme on peut le voir dans d’autres carrières du massif de Fontainebleau, au Mont Ussy par exemple. A la base du front de taille on distingue une sorte de terrasse appelée forme . C’est sur cet espace dégagé et aplani que les carriers dédoublaient le grès, façonnaient et stockaient les pavés avant leur évacuation. Sur la gauche de la photo, on aperçoit les déblais de carrières composés des grès trop tendres et mal taillés qu’on nomme  écales  qui s’accumulent, avec les terres de couverture, derrière le front de taille au fur et à mesure que le carrier avance. En longeant un front de taille, on peut constater que les monticules de déblais sont interrompus à intervalle régulier, tous les vingt à trente mètres, par des chemins étroits de vidanges qui permettaient d’évacuer les grès taillés. Nous reviendrons sur ce sujet dans un prochain billet. Patrick Dubreucq.

Carrière de banc, secteur occidental du Long Boyau. Photo P. Dubreucq, 2016.


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Décembre 2020 : le grès et l’art rupestre sont à l’honneur dans le dernier numéro de la Voix de la forêt , revue annuelle éditée par les Amis de la Forêt de Fontainebleau

Le  numéro 83 de la revue annuelle des Amis  de la Forêt de Fontainebleau (AFF)  paru récemment et diffusé auprès des adhérents de l’association,  consacre deux articles aux anciennes carrières de grès. Le premier,  signé  Alain Callewaert, Jean-Pierre Melaye et Jean Pillot, évoque « les dix ans de la Commission Carrières et Carriers » des AFF qui travaille en collaboration étroite avec l’ONF « pour  la mise en place de mesures conservatoires » relatives aux anciennes carrières. Les membres de cette commission accomplissent un travail important de relevés sur le terrain.  On apprend, par exemple, que pas moins de 242 abris de carriers ont été recensés dans le massif de Fontainebleau grâce aux prospections systématiques menées durant cette décennie.  

Le second article, signé Patrick Dubreucq  rappelle dans quelles circonstances le Long Rocher est devenu au XIXème siècle une des zones les plus exploitées de la forêt par les carriers. L’auteur relate l’aventure de Frantz Zeltner  qui obtient en 1830 un bail de longue durée pour exploiter le grès sur une superficie de  66 hectares. Les espoirs et les échecs de Frantz Zeltner sont détaillés et  on peut visualiser, sur un document d’archive et une  image  Lidar, le tracé de l’ancienne ligne de chemin de fer du Long Rocher qu’il avait fait construire pour transporter les pavés jusqu’au canal du Loing à Episy.  Le tragique destin de la grotte du Croc marin, devenue aujourd’hui un simple abri en raison de sa  destruction presque totale par deux carriers en 1870 et 1871, ne pouvait manquer d’être évoqué. Cette évocation permet de faire le point des connaissances sur les deux protagonistes, Louis Victor et Georges Genty dit « La Gaillouche », témoins d’une époque où la forêt était avant tout un espace de travail. 

Vestiges du pont du chemin de fer du Long Rocher à l’intersection de la Route des Carrières et de la Route Desquinemare. Photo P. Dubreucq, 2018.

Le grès est également à l’honneur au travers d’un dossier « archéologie » consacré à l’art rupestre.  Dans un premier article intitulé « étudier, archiver et valoriser l’art rupestre préhistorique en région de Fontainebleau », Boris Valentin, professeur à l’Université Paris I, fait le point sur les nouvelles recherches et observations, engagées depuis 2017 sur les gravures paléolithiques et mésolithiques avec le soutien du service régional de l’archéologie d’Île de France. Le second article signé Laurent Valois, membre du Gersar,  fait « l’historique des recherches » archéologiques menées au Croc-Marin où des vestiges préhistoriques ont été découverts quelques années après la  destruction du site par les carriers et l’auteur révèle la mise en évidence récente, grâce au traitement informatique, d’un second cervidé sur le panneau peint repéré dès 1947. Enfin Alain Benard, ancien président du Gersar, consacre une étude à « l’abri orné des Cabannes 2 près de Busseau » signalé pour la première fois en 1975. L’ensemble du dossier est illustré de belles photos.

Croc-Marin, détail du panneau peint après traitement par M. Rey sous ©DStretch en 2016.

La revue la Voix de la Forêt est disponible au siège des Amis de la Forêt de Fontainebleau : 26 rue de la Cloche à Fontainebleau aux heures de permanence le mardi de 10h à 12h à partir de janvier 2021. En raison de l’épidémie de la Covid 19, il est préférable de téléphoner au 01 64 23 46 45 avant de se déplacer.