carrières et carriers de grès du massif de Fontainebleau et alentours

Bien connus des amateurs de randonnée mais surtout d’escalade, les grès de Fontainebleau eurent longtemps une vocation tout autre : durant des siècles, ils ont été débités afin de servir à la construction, celle du palais et des maisons anciennes mais aussi pour le pavage des rue de la capitale grâce à la Seine qui en facilitait le transport. Aujourd’hui silencieuses, les multiples carrières ont laissé bien des traces qui font aujourd'hui partie du patrimoine. Ce blog propose de populariser toutes les initiatives qui visent à valoriser ou mieux faire connaître ce patrimoine auprès du grand public

À propos des traces de trous de mine dans les anciennes carrières de grès du massif de Fontainebleau

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Trace de trou de mine au Rocher du Long Boyau (parcelle 121). Photo P. Dubreucq, 2012.

Le promeneur qui arpente les anciennes carrières de grès du massif  de Fontainebleau peut parfois observer de curieuses entailles verticales dans les parois des fronts de taille. Elles ont la forme d’un demi-cylindre de quelques centimètres de diamètre avec une longueur pouvant dépasser les deux mètres. Ces entailles sont des traces de trous de mine, une technique d’abattage des blocs plus récente que celle qui consiste à creuser des mortaises (voir publication du 15 juin 2020). On la rencontre surtout dans les carrières exploitées dans la seconde moitié du XIXème siècle.  Elle consiste à creuser un trou à l’aide d’une barre à mine perforante à quatre « cornes » tenue à deux mains par un carrier qui lui imprime un mouvement de rotation entre chaque percussion frappée à l’aide d’une masse par un ou deux autres carriers (1).

Dès que la perforation atteint une vingtaine de centimètres, il faut verser régulièrement de l’eau et utiliser une baguette en bois pour permettre au grès pilé de remonter.  Lorsque le trou est assez profond, 2/3 à 3/4 de la longueur du bloc que l’on veut fendre, on introduit divers éléments dont la poudre noire qui produira une déflagration capable de détacher le bloc. 

Paul Domet (1873) dans son Histoire de la forêt de Fontainebleau indique que l’on « se sert rarement de la mine qui n’opère pas avec la régularité nécessaire ». Toutefois, au Rocher du Long Boyau (parcelle 121), dans un grès de bonne qualité et peu fissuré, sur la paroi du front de taille situé sur le versant nord parallèlement à la Route du Sommet, on peut observer plus d’une dizaine  de traces de trous de mine, espacées les unes des autres de 5 à 10 m environ.

Dans un ouvrage intitulé Boutigny-sur-Essonne au temps des carrières, édité en 2003 par le comité des Fêtes du village éponyme (page 68), on trouve un schéma de P. Doussint accompagné d’une description de la manière de charger le trou de mine. On y apprend qu’une fois le trou fouillé et asséché avec des chiffons, il fallait introduire en même temps que la poudre noire une mèche (cordon Bickford) « de plusieurs mètres pour laisser le temps aux travailleurs d’aller se dissimuler » après l’allumage et combler le haut du trou « de sable humide recouvert d’un morceau de tôle chargé de pierres pour limiter la projection d’éclats de roches » lors de l’explosion.  Le schéma du chargement du trou de mine est également reproduit avec des explications détaillées dans la brochure Les grès à Fontainebleau carrières et carriers éditée en 2016 par la Commision Carrières et Carriers des Amis de la Forêt de Fontainebleau (page 20).

Des questions restent cependant sans réponse. Par exemple, je n’ai pas une idée très précise du temps nécessaire pour creuser un trou de mine de deux mètres de profondeur sans le recours à  un marteau piqueur pneumatique.  Je ne serais pas surpris d’apprendre qu’une journée de travail pour deux carriers soit insuffisante (2). Autre exemple : bien que l’utilisation de la poudre noire soit attestée en Europe dès le XVIIème siècle pour l’extraction de minerai de cuivre (1617 au Thillot dans les Vosges) et d’argent (1640 à Villefort dans les Cévennes), j’ignore à quel moment cette pratique a débuté pour l’extraction du grès dans le massif de Fontainebleau. Des autorisations étaient certainement nécessaires pour se procurer la poudre noire. Je ne désespère pas de faire des découvertes dans les archives restées muettes sur ce sujet jusqu’à présent. Merci pour toute information  nouvelle. Patrick Dubreucq.

(1) Dans un article consacré aux « pavés de Paris » publié le 9 avril 1870 dans le numéro 1415 de la revue l’Illustration, journal universel, le journaliste Camille Personnat désigne l’opération qui consiste à creuser un trou de mine sous le nom de burinage

(2) En janvier 2021, j’ai recueilli le témoignage précieux de Jean-Pierre Donelli, habitant de Larchant, qui travaillait dans les années 1960 avec son père Pierre Donelli dans une carrière de grès de la même commune au lieu-dit « les Dégoutans à Ratard ». Selon ce témoignage  » à deux, il fallait bien une journée et demie à deux jours pour creuser un trou de mine de 2,50 mètres »

Une réflexion sur “À propos des traces de trous de mine dans les anciennes carrières de grès du massif de Fontainebleau

  1. Merci pour la science avec laquelle vous nous apprenez à lire ces traces (muettes sauf pour qui sait les lire). Ce billet m’ a fait penser à une nouvelle de Jean Giono « Le poète de la famille » qui raconte les exploits de ceux qui perçaient des tunnels à coups de barres à mine et d’explosifs.

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