carrières et carriers de grès du massif de Fontainebleau et alentours

Bien connus des amateurs de randonnée mais surtout d’escalade, les grès de Fontainebleau eurent longtemps une vocation tout autre : durant des siècles, ils ont été débités afin de servir à la construction, celle du palais et des maisons anciennes mais aussi pour le pavage des rue de la capitale grâce à la Seine qui en facilitait le transport. Aujourd’hui silencieuses, les multiples carrières ont laissé bien des traces qui font aujourd'hui partie du patrimoine. Ce blog propose de populariser toutes les initiatives qui visent à valoriser ou mieux faire connaître ce patrimoine auprès du grand public


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Décembre 2020 : les calcites de Fontainebleau sont à l’honneur du dernier numéro de la revue « Le Règne Minéral ».

Le Règne Minéral, revue à l’attention des amateurs et collectionneurs de minéraux, consacre une partie de son n° 156 aux Calcites de Fontainebleau. L’article réexamine le contexte historique et géologique de ces calcites à esthétique si particulière. Il est montré comment au 18ème siècle, les collections françaises ont fourni de nombreux échantillons qui sont à l’origine de la description et de la définition des espèces minérales. Est aussi donné un historique de la découverte, la perte et la redécouverte de l’exceptionnelle Grotte aux Cristaux. Fontainebleau est une sorte de « localité type » pour ces cristaux de calcite avec grains de sable inclus. L’un des auteurs, le géologue Médard Thiry, a bien voulu répondre à quelques questions.

A-t-on une idée de l’âge de ces calcites ? Ces calcites sont d’âge Quaternaire et liées aux périodes glaciaires. Elles ont moins de 1 Ma (million d’années) et de nombreuses ont été datées entre 30 000 et 20 000 ans, c’est-à-dire de la dernière glaciation. Elles sont sans rapport avec l’âge du dépôt des Sables de Fontainebleau qui les contiennent (30 Ma). Leurs alignements au sein des sables suggèrent une précipitation à partir d’anciennes nappes phréatiques. Elles sont des archives de l’interaction entre les eaux météoriques de surface et les eaux profondes de la nappe. Ces anciens niveaux de nappe permettront à l’avenir de reconstruire les anciens paysages bellifontains et leur incision par les vallées. 

Où les rencontre-t-on ? Les calcites se rencontrent presque toujours dans les sables. Mais il en existe aussi incluses dans les dalles de grès. Ces dernières sont précieuses. Étant contenues dans le grès, elles se sont formées dans le sable avant sa cimentation en grès. Elles sont donc plus anciennes que le grès qui les contient. Leur datation permet ainsi de fixer l’âge maximum que peut avoir le grès. C’est le seul élément dont on dispose actuellement pour la datation directe des grès. 

On parle de trous de calcite, de quoi s’agit-il? Les calcites sableuses sont sensibles à l’altération. Exposée aux intempéries la calcite est lentement dissoute, et ne restent en place que les grains de sable qu’elle contenait. C’est l’origine des nombreux trous de taille centimétrique à décimétrique que présentent souvent les grès à l’affleurement. De très beaux exemples sont visibles aux Rochers et Platières de la Gorge du Houx, à proximité du « village des carriers », Rte Jean, Parcelle 116. Les trous s’y alignent en plusieurs niveaux superposés qui correspondent à des niveaux successifs de la nappe qui a provoqué la précipitation de ces nodules de calcite. 

Peut-on observer de la calcite en place dans le grès? La calcite en place dans les grès est très difficile à voir. Ce n’est qu’une observation attentive à la loupe et un test à l’acide qui permet de la détecter. Mais les carrières de grès offrent de voir les trous de dissolution des calcites qui présentent des moulages de cristaux qui ont été dissouts. Quelques exemples sont visibles sur les anciens fronts de taille autour de la Platière de la Gorge du Houx. Et pour cela, les carrières sont tout aussi précieuses que les calcites, sans front de taille, pas de calcite incluse à prélever pour datation. Un truc … chut … il n’y a jamais d’araignée sur les grès strictement siliceux, elles ne sont que sur les grès qui contiennent de la calcite … merci madame l’araignée !

Platière de la Gorge au Houx, Rte Jean (P 116). Sur le front de taille d’une ancienne carrière. Alignement de trous correspondant à des groupements de calcite sableuses dissoutes. Les trous sont presque systématiquement occupés par des araignées dont la présence indique qu’il reste encore des résidus de calcite dispersés dans le grès. Photo Thiry, 2016.

Références

Thiry, M., De Ascenção Guedes, R., Chiappero, P.-J., Martaud, A., 2020, Les calcites de Fontainebleau, Seine-et-Marne, et autres calcites sableuses revisitées …, Le Règne Minéral, 156, p. 7-37.

Bailly, S., 2020, À la découverte des calcites de Bonnevault, Larchant, Seine-et-Marne, Le Règne Minéral, 156, p. 38-40.

Outre de nombreuse figures les articles présentent plus de 10 planches d’échantillons exceptionnels. Commande possible auprès de la revue Le Règne Minéral, 14€ frais d’envoi inclus


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À propos de la disposition des grès dans le paysage du massif de Fontainebleau et du type de carrière rencontré : carrières d’éboulis et carrières de banc

Dans le massif de Fontainebleau, le grès se présente principalement sous deux formes : des chaos rocheux et des platières. Le grès des platières couronne de grands alignements parallèles, grossièrement est-ouest, qui dominent d’environ 50 m des dépressions sableuses (vallées). Ces alignements gréseux s’étirent souvent sur plusieurs kilomètres et se répètent à peu près tous les kilomètres. Ils sont très distincts et impriment leur rythme au paysage et au randonneur. Selon le géologue Médard Thiry, « ces rides correspondent à d’anciennes dunes littorales formées par le vent en arrière des plages. Une nouvelle dune se formait au rythme du retrait de la mer stampienne du Bassin de Paris vers la Mer du Nord. Ce n’est que récemment, pendant les périodes glaciaires, que se sont formés les grès, au fur et à mesure que la couverture calcaire et les sables étaient entaillés par l’érosion. Puis l’érosion a entaillé les sables non cimentés des vallées et mis les platières gréseuses en relief. Dans le même temps, l’érosion de la dalle gréseuse des platières sur ses bordures a conduit à sa fracturation, l’éboulement des blocs libérés et leur altération sur les pentes. C’est ainsi que ce sont formé les chaos rocheux qui ourlent les platières. »

Dans les chaos rocheux, on trouve des carrières d’éboulis et sur le bord des platières on trouve des carrières dites de banc car on exploite le banc de roche c’est à dire la dalle de grès de la platière.

Les carrières d’éboulis ont exploité les blocs éboulés des chaos. Ce sont les grès les plus accessibles en venant des vallées et pour cette raison sont certainement les plus anciennes et à usage local. C’est une exploitation économique, qui nécessite peu de travaux préalables car on y exploite des blocs apparents ou semi-enterrés. Pour des raisons pratiques, ce sont souvent les chaos rocheux les plus proches des lieux habités qui ont été les plus exploités. Cependant, à cause de son exposition aux intempéries, le grès des éboulis n’est pas toujours de la meilleure qualité et les entrepreneurs des travaux publics, notamment ceux du pavé de Paris, préféraient le grès des carrières de banc.  A l’observation, pour identifier les anciennes carrières d’éboulis, il faut rechercher les écales c’est-à-dire les déchets de grès qui accompagnent l’exploitation comme on peut le voir sur l’image ci-dessous

Carrière d’éboulis, secteur oriental du Long Boyau. Photo P. Dubreucq 2017

Dans les carrières de banc, le grès se présente sous la forme de dalles horizontales ou bancs ininterrompus de plusieurs dizaines de mètres de longueur et de largeur dont l’épaisseur peut atteindre plusieurs mètres et recouverts, le plus souvent, d’une couche de calcaire. Les carrières de banc fournissent souvent un grès plus dur et de meilleure qualité que les carrières d’éboulis car il a été protégé des intempéries et des altérations par la couche calcaire qui le surmonte. C’est un grès bon pour le pavé mais son exploitation demande plus de main d’œuvre que l’exploitation des éboulis. En effet, ce n’est qu’une fois la base et le sommet du banc dégagé́ de la terre et de la végétation qui l’encombrent, que l’attaque de la roche de grès peut commencer.  Sur la photo ci-dessous, au premier plan en haut à gauche, on peut constater que des  terrassiers  ont commencé à dégager le sommet du banc des terres de couverture sur au moins deux mètres d’épaisseur. Suivant la qualité de la roche et la force de l’érosion, la paroi du front de taille peut présenter un aspect particulièrement lisse et régulier comme ici ou au contraire fracturé, cisaillé en pile d’assiette comme on peut le voir dans d’autres carrières du massif de Fontainebleau, au Mont Ussy par exemple. A la base du front de taille on distingue une sorte de terrasse appelée forme . C’est sur cet espace dégagé et aplani que les carriers dédoublaient le grès, façonnaient et stockaient les pavés avant leur évacuation. Sur la gauche de la photo, on aperçoit les déblais de carrières composés des grès trop tendres et mal taillés qu’on nomme  écales  qui s’accumulent, avec les terres de couverture, derrière le front de taille au fur et à mesure que le carrier avance. En longeant un front de taille, on peut constater que les monticules de déblais sont interrompus à intervalle régulier, tous les vingt à trente mètres, par des chemins étroits de vidanges qui permettaient d’évacuer les grès taillés. Nous reviendrons sur ce sujet dans un prochain billet. Patrick Dubreucq.

Carrière de banc, secteur occidental du Long Boyau. Photo P. Dubreucq, 2016.


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Décembre 2020 : le grès et l’art rupestre sont à l’honneur dans le dernier numéro de la Voix de la forêt , revue annuelle éditée par les Amis de la Forêt de Fontainebleau

Le  numéro 83 de la revue annuelle des Amis  de la Forêt de Fontainebleau (AFF)  paru récemment et diffusé auprès des adhérents de l’association,  consacre deux articles aux anciennes carrières de grès. Le premier,  signé  Alain Callewaert, Jean-Pierre Melaye et Jean Pillot, évoque « les dix ans de la Commission Carrières et Carriers » des AFF qui travaille en collaboration étroite avec l’ONF « pour  la mise en place de mesures conservatoires » relatives aux anciennes carrières. Les membres de cette commission accomplissent un travail important de relevés sur le terrain.  On apprend, par exemple, que pas moins de 242 abris de carriers ont été recensés dans le massif de Fontainebleau grâce aux prospections systématiques menées durant cette décennie.  

Le second article, signé Patrick Dubreucq  rappelle dans quelles circonstances le Long Rocher est devenu au XIXème siècle une des zones les plus exploitées de la forêt par les carriers. L’auteur relate l’aventure de Frantz Zeltner  qui obtient en 1830 un bail de longue durée pour exploiter le grès sur une superficie de  66 hectares. Les espoirs et les échecs de Frantz Zeltner sont détaillés et  on peut visualiser, sur un document d’archive et une  image  Lidar, le tracé de l’ancienne ligne de chemin de fer du Long Rocher qu’il avait fait construire pour transporter les pavés jusqu’au canal du Loing à Episy.  Le tragique destin de la grotte du Croc marin, devenue aujourd’hui un simple abri en raison de sa  destruction presque totale par deux carriers en 1870 et 1871, ne pouvait manquer d’être évoqué. Cette évocation permet de faire le point des connaissances sur les deux protagonistes, Louis Victor et Georges Genty dit « La Gaillouche », témoins d’une époque où la forêt était avant tout un espace de travail. 

Vestiges du pont du chemin de fer du Long Rocher à l’intersection de la Route des Carrières et de la Route Desquinemare. Photo P. Dubreucq, 2018.

Le grès est également à l’honneur au travers d’un dossier « archéologie » consacré à l’art rupestre.  Dans un premier article intitulé « étudier, archiver et valoriser l’art rupestre préhistorique en région de Fontainebleau », Boris Valentin, professeur à l’Université Paris I, fait le point sur les nouvelles recherches et observations, engagées depuis 2017 sur les gravures paléolithiques et mésolithiques avec le soutien du service régional de l’archéologie d’Île de France. Le second article signé Laurent Valois, membre du Gersar,  fait « l’historique des recherches » archéologiques menées au Croc-Marin où des vestiges préhistoriques ont été découverts quelques années après la  destruction du site par les carriers et l’auteur révèle la mise en évidence récente, grâce au traitement informatique, d’un second cervidé sur le panneau peint repéré dès 1947. Enfin Alain Benard, ancien président du Gersar, consacre une étude à « l’abri orné des Cabannes 2 près de Busseau » signalé pour la première fois en 1975. L’ensemble du dossier est illustré de belles photos.

Croc-Marin, détail du panneau peint après traitement par M. Rey sous ©DStretch en 2016.

La revue la Voix de la Forêt est disponible au siège des Amis de la Forêt de Fontainebleau : 26 rue de la Cloche à Fontainebleau aux heures de permanence le mardi de 10h à 12h à partir de janvier 2021. En raison de l’épidémie de la Covid 19, il est préférable de téléphoner au 01 64 23 46 45 avant de se déplacer.


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À propos des traces de trous de mine dans les anciennes carrières de grès du massif de Fontainebleau

Trace de trou de mine au Rocher du Long Boyau (parcelle 121). Photo P. Dubreucq, 2012.

Le promeneur qui arpente les anciennes carrières de grès du massif  de Fontainebleau peut parfois observer de curieuses entailles verticales dans les parois des fronts de taille. Elles ont la forme d’un demi-cylindre de quelques centimètres de diamètre avec une longueur pouvant dépasser les deux mètres. Ces entailles sont des traces de trous de mine, une technique d’abattage des blocs plus récente que celle qui consiste à creuser des mortaises (voir publication du 15 juin 2020). On la rencontre surtout dans les carrières exploitées dans la seconde moitié du XIXème siècle.  Elle consiste à creuser un trou à l’aide d’une barre à mine perforante à quatre « cornes » tenue à deux mains par un carrier qui lui imprime un mouvement de rotation entre chaque percussion frappée à l’aide d’une masse par un ou deux autres carriers.

Dès que la perforation atteint une vingtaine de centimètres, il faut verser régulièrement de l’eau et utiliser une baguette en bois pour permettre au grès pilé de remonter.  Lorsque le trou est assez profond, 2/3 à 3/4 de la longueur du bloc que l’on veut fendre, on introduit divers éléments dont la poudre noire qui produira une déflagration capable de détacher le bloc. 

Paul Domet (1873) dans son Histoire de la forêt de Fontainebleau indique que l’on « se sert rarement de la mine qui n’opère pas avec la régularité nécessaire ». Toutefois, au Rocher du Long Boyau (parcelle 121), dans un grès de bonne qualité et peu fissuré, sur la paroi du front de taille situé sur le versant nord parallèlement à la Route du Sommet, on peut observer plus d’une dizaine  de traces de trous de mine, espacées les unes des autres de 5 à 10 m environ.

Dans un ouvrage intitulé Boutigny-sur-Essonne au temps des carrières, édité en 2003 par le comité des Fêtes du village éponyme (page 68), on trouve un schéma de P. Doussint accompagné d’une description de la manière de charger le trou de mine. On y apprend qu’une fois le trou fouillé et asséché avec des chiffons, il fallait introduire en même temps que la poudre noire une mèche (cordon Bickford) « de plusieurs mètres pour laisser le temps aux travailleurs d’aller se dissimuler » après l’allumage et combler le haut du trou « de sable humide recouvert d’un morceau de tôle chargé de pierres pour limiter la projection d’éclats de roches » lors de l’explosion.  Le schéma du chargement du trou de mine est également reproduit avec des explications détaillées dans la brochure Les grès à Fontainebleau carrières et carriers éditée en 2016 par la Commision Carrières et Carriers des Amis de la Forêt de Fontainebleau (page 20).

Des questions restent cependant sans réponse. Par exemple, je n’ai pas une idée très précise du temps nécessaire pour creuser un trou de mine de deux mètres de profondeur sans le recours à  un marteau piqueur pneumatique.  Je ne serais pas surpris d’apprendre qu’une journée de travail pour deux carriers soit insuffisante. Autre exemple : bien que l’utilisation de la poudre noire soit attestée en Europe dès le XVIIème siècle pour l’extraction de minerai de cuivre (1617 au Thillot dans les Vosges) et d’argent (1640 à Villefort dans les Cévennes), j’ignore à quel moment cette pratique a débuté pour l’extraction du grès dans le massif de Fontainebleau. Des autorisations étaient certainement nécessaires pour se procurer la poudre noire. Je ne désespère pas de faire des découvertes dans les archives restées muettes sur ce sujet jusqu’à présent. Merci pour toute information  nouvelle. Patrick Dubreucq.


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Apport de l’étude des anciennes carrières de grès à l’archéologie des gravures rupestres du Massif de Fontainebleau.

Panneau gravé tronqué par un débitage, comme en témoigne la présence d’une mortaise d’exploitation. Massif de Fontainebleau. Photo P. Dubreucq 2019.

Les grès de Fontainebleau ont été le support pour des milliers de gravures et plus rarement pour des peintures à la fin du Paléolithique. Les recherches effectuées par les premiers préhistoriens dans la seconde moitié du XIXème siècle et surtout les prospections systématiques des membres de l’association Gersar depuis 1975 ont permis de recenser plus de 2000 abris gravés entre Nemours et Rambouillet. Pour servir de matériaux de construction ou pour paver les rues, ces mêmes grès ont été exploités à partir du Moyen Âge et durant plusieurs siècles en bordure des platières et dans les chaos rocheux, là où se trouvent les abris gravés. Autour de Fontainebleau, l’extraction a pris beaucoup d’ampleur à cause de la Seine qui facilitait le transport des grès jusqu’à Paris. Résultat : il est plus que probable qu’une quantité significative de ces abris ornés ont été débités par les carriers et sont donc irrémédiablement perdus. Plusieurs anciens fronts de taille montrent d’ailleurs des abris recoupés par l’exploitation et dans le fond desquels subsistent des gravures, comme celui présenté ici.  

Les abris et les gravures qui subsistent (sillons, quadrillages, cupules…, plus rarement des représentations animalières) font aujourd’hui l’objet d’une étude dans le cadre d’un Programme Collectif de Recherche, Art Rupestre préhistorique dans les chaos gréseux du Bassin parisien (ARBap) Étude, archivage et valorisation, dirigé par Boris Valentin de l’Université Paris I – Sorbonne. L’un des objectifs du programme et de considérer la répartition spatiale des abris pour éventuellement en tirer des arguments sur la distribution des populations à cette époque, les lieux fréquentés, etc. Pour éviter des biais dans l’analyse de la répartition des abris il est important d’essayer d’estimer le nombre d’abris qui ont pu être détruits dans un secteur exploité. Il convient de savoir si la rareté des abris gravés dans un secteur est due à leur absence originelle ou résulte de leur destruction. Voici pourquoi la reconnaissance et l’inventaire des anciennes carrières du Massif de Fontainebleau et plus largement dans tous les chaos gréseux du Sud du Bassin de Paris est importante pour les archéologues.

Pour en savoir plus sur les abris ornés d’Île-de-France consultez le site du Ministère de la Culture. Patrick Dubreucq


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La répartition du « noyau dur » des carriers de grès du Massif de Fontainebleau en 1846

Cette carte a été établie à l’aide des registres de recensement de l’arrondissement de Fontainebleau (cantons de Fontainebleau, la Chapelle-la-Reine, Nemours, Moret-sur-Loing et Melun-Sud) en 1846 (1). Le « noyau dur » des carriers s’établit cette année-là à 340. 40% d’entre eux habitent les communes de Recloses et Bourron-Marlotte. Le « noyau dur » désigne les personnes qui se sont déclarées « carriers » lors du recensement. Or nous savons par d’autres sources que certains  » journaliers », « vignerons » , travaillaient aussi aux carrières. Ils ne sont donc pas comptabilisés ici. On peut cependant estimer que la population concernée par le travail dans les carrières de grès (terrassiers, journaliers, compagnons, voituriers et forgerons) approche le millier dans les périodes de forte commande. A titre de comparaison, 224 carriers sont comptabilisés en 1836 et 215 au recensement de 1856. Patrick Dubreucq.
(1) Cette carte figure en noir et blanc dans la brochure de 48 pages intitulée « Les grès à Fontainebleau. Carrières et carriers », un travail collectif réalisé à l’initiative de la Commission Carrières et Carriers et publié en 2016 par l’Association des Amis de la Forêt de Fontainebleau (AFF). Pour en savoir plus, cliquez ici


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Samedi 19 et dimanche 20 septembre 2020 : journées « portes ouvertes » à la carrière de grès de Moigny-sur-École

De Oliveira 2018 D.P.

M.de Oliveira dans sa carrière de Moigny-sur-Ecole en mai 2018. Cliché D.P.

Dans le cadre des journées du patrimoine 2020, le dernier tailleur de grès de la région parisienne ouvre les portes de sa carrière. Francisco de Oliveira, passionné par son métier, vous expliquera comment le grès «chante» et « gémit » sous le coup des marteaux, des coins et des broches…Il vous fera revivre les techniques de taille à travers les siècles. Vous assisterez  à la démonstration du débitage d’un bloc depuis  la taille d’une bordure de trottoir jusqu’à la taille d’un pavé. Vous observerez comment le forgeron façonne les outils dans son atelier… La carrière  « les grès de Fontainebleau » est  située à Moigny–sur-Ecole, route de Boutigny-sur-Essonne. Le parcours est fléché.  Dans le respect des gestes barrières (masque obligatoire) le public sera reçu le samedi 19 et dimanche 20 septembre à partir de 9h le matin et de 14 h l’après-midi. Prévoir 1h30 à 2 heures pour la visite par groupe de 10 à 20 personnes. Deux visites sont prévues par demi-journée.


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Á propos du Rocher de Samoreau, des premières exportations de grès vers Paris et de l’ancien « port du pavé » au pied du hameau de Montmélian en bordure de Seine.

Matis extrait (1742) Gallica.bnf.frGrâce aux travaux universitaires de Paul Benoît (1991) et de Léa Hermenault (2017), nous savons avec certitude que dès le XVème siècle des pavés du massif de Fontainebleau sont utilisés pour le pavage des rues de Paris.  Les grès proviennent alors possiblement  du Rocher de Samoreau, village où habitent certains marchands.  Selon Félix Herbet (1898), on y exploitait des carrières de grès en 1658, 1669 et 1687. Dans un supplément de l’Abeille de Fontainebleau (1912), on nous dit que vers 1735, « la maison, bois et rocher de Montmeillan  étaient loués à Jean Giffard et Pierre Rivoy, entrepreneurs du pavé de Paris » ce qui amène à penser que l’exploitation y battait son plein. Le plan topographique de Nicolas Matis (1742) mentionne un « port du pavé » à proximité immédiate de la propriété de « Monmelian » au bord de la Seine. Sur le cadastre napoléonien de 1814, en ligne sur le site des Archives départementales de Seine-et-Marne, le port n’est pas mentionné ; il existe cependant une parcelle de terrain appelée « la pièce du chemin du port » et une autre désignée sous le nom de « la vallée du port ». Aujourd’hui, entre le hameau de Montmélian et la partie amont de l’Île Saint Aubin qui devait abriter le port, il existe encore un chemin du port.  Merci pour toute information nouvelle. Patrick Dubreucq


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Rocher Denecourt : la paroi d’un bloc débité par les carriers sert de support pour illustrer un poème en hommage au sylvain de la forêt de Fontainebleau.

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Rocher Denecourt, 2019. Cliché P. Dubreucq

A proximité de la fontaine du Gand Mont Chauvet (parcelle 253 en réserve biologique intégrale), un artiste a choisi la paroi d’un bloc débité par les carriers, connu sous le nom de Rocher Denecourt, pour illustrer un poème en hommage à notre illustre sylvain sous la forme d’un rouleau de parchemin. Si vous observez bien l’arête du rocher au dessus du parchemin, vous y verrez une jolie trace de mortaise, une échancrure dans l’arête, qui atteste que ce bloc fut en partie exploité. Ce sonnet est ancien. Grâce au photographe passionné d’histoire Olivier Blaise, animateur du très beau site www.Fontainebleau-photo.fr, j’ai appris que, daté de mai 1875, il figurait en page de garde de la 18e édition du guide Denecourt, publiée en 1876. Il figure également dans le Dictionnaire historique et artistique de la Forêt de Fontainebleau de Félix Herbet publié en 1903. Ce poème est signé Bethmont.  J’ignore s’il s’agit de l’un des membres de la famille du célèbre Eugène qui fut ministre sous la Seconde République. Un graffiti maladroit au bas du rocher mentionne quelques lettres peu lisibles avec une date : 8 mai 38. S’agit-il de la date d’une première restauration de la peinture ? je l’ignore également. Au fil des ans l’image s’est effacée progressivement sous l’effet des intempéries et de la mousse qui la recouvrait mais récemment le poème a trouvé une nouvelle jeunesse.  Selon Louis Broch – auteur d’un précieux ouvrage en ligne consacré aux inscriptions de la forêt de Fontainebleau depuis le XVIIème siècle hébergé sur le site www.pofableau.com – : « deux personnes l’ont repeinte en septembre 2018 d’après une carte postale ancienne ». Les carriers pouvaient-ils imaginer que les parois de certains blocs serviraient un jour de support pour l’expression de poètes et d’artistes ?. Patrick Dubreucq.


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Un bel exemple de longue trace de mortaise au Grand Mont Chauvet dans le massif de Fontainebleau

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Trace de mortaise au Grand Mont Chauvet, 2018. Cliché P. Dubreucq.

Cette trace de mortaise figure parmi les plus longues repérées en forêt de Fontainebleau sur un bloc de grès. Elle mesure 1,5m environ. On remarque bien la forme d’abord évasée de la mortaise avec ensuite un fond plus étroit. Le bloc est situé dans le secteur nord du Grand Mont Chauvet dans une carrière à proximité de la route des Hauteurs de la Solle (parcelle 260). Selon Pierre Dan, le grès qui a servi à la construction du Château de Fontainebleau fut extrait du Grand Mont Chauvet (voir la publication du 14 juin 2020 consacrée au banc royal). Selon F. Herbet (1903), on y exploite des carrières en 1638, 1640, 1658.  Selon P. Domet (1873), le Grand Mont Chauvet fait partie de la liste des cantons autorisés à l’exploitation des carriers par l’arrêté des Consuls du 21 octobre 1801. Cette autorisation est renouvelée par l’arrêt de l’administrateur général des forêts de la Couronne, en forme de cahier des charges du 16 septembre 1809. Enfin l’ordonnance royale de 20 avril 1825 confirmée par celle du 20 mars 1830 indique que le « banc royal, au triage du Grand-Mont-Chauvet sera réservé uniquement au château de Fontainebleau attendu la qualité de sa pierre ».

Dater une carrière est un exercice difficile. Il fut un temps où je pensais que la taille des mortaises pouvait servir d’indice pour mesurer l’ancienneté d’une carrière. Plus elles sont longues et espacées plus elles seraient anciennes. Certes, les carrières en exploitation au XXème siècle en dehors de la forêt domaniale montrent des mortaises de petite taille, nombreuses et rapprochées mais les choses ne sont pas aussi simples pour les siècles qui précèdent. On peut rencontrer dans une même carrière plusieurs tailles de mortaises. J’y reviendrai dans d’autres publications. Pour en savoir plus sur les mortaises et leurs traces consulter les publications des 15 et 16 juin 2020. Patrick Dubreucq.