carrières et carriers de grès du massif de Fontainebleau et alentours

Bien connus des amateurs de randonnée mais surtout d’escalade, les grès de Fontainebleau eurent longtemps une vocation tout autre : durant des siècles, ils ont été débités afin de servir à la construction, celle du palais et des maisons anciennes mais aussi pour le pavage des rue de la capitale grâce à la Seine qui en facilitait le transport. Aujourd’hui silencieuses, les multiples carrières ont laissé bien des traces qui font aujourd'hui partie du patrimoine. Ce blog propose de populariser toutes les initiatives qui visent à valoriser ou mieux faire connaître ce patrimoine auprès du grand public


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Á propos du Rocher de Samoreau, des premières exportations de grès vers Paris et de l’ancien « port du pavé » au pied du hameau de Montmélian en bordure de Seine.

Matis extrait (1742) Gallica.bnf.frGrâce aux travaux universitaires de Paul Benoît (1991) et de Léa Hermenault (2017), nous savons avec certitude que dès le XVème siècle des pavés du massif de Fontainebleau sont utilisés pour le pavage des rues de Paris.  Les grès proviennent alors possiblement  du Rocher de Samoreau, village où habitent certains marchands.  Selon Félix Herbet (1898), on y exploitait des carrières de grès en 1658, 1669 et 1687. Dans un supplément de l’Abeille de Fontainebleau (1912), on nous dit que vers 1735, « la maison, bois et rocher de Montmeillan  étaient loués à Jean Giffard et Pierre Rivoy, entrepreneurs du pavé de Paris » ce qui amène à penser que l’exploitation y battait son plein. Le plan topographique de Nicolas Matis (1742) mentionne un « port du pavé » à proximité immédiate de la propriété de « Monmelian » au bord de la Seine. Sur le cadastre napoléonien de 1814, en ligne sur le site des Archives départementales de Seine-et-Marne, le port n’est pas mentionné ; il existe cependant une parcelle de terrain appelée « la pièce du chemin du port » et une autre désignée sous le nom de « la vallée du port ». Aujourd’hui, entre le hameau de Montmélian et la partie amont de l’Île Saint Aubin qui devait abriter le port, il existe encore un chemin du port.  Merci pour toute information nouvelle. Patrick Dubreucq


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Rocher Denecourt : la paroi d’un bloc débité par les carriers sert de support pour illustrer un poème en hommage au sylvain de la forêt de Fontainebleau.

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Rocher Denecourt, 2019. Cliché P. Dubreucq

A proximité de la fontaine du Gand Mont Chauvet (parcelle 253 en réserve biologique intégrale), un artiste a choisi la paroi d’un bloc débité par les carriers, connu sous le nom de Rocher Denecourt, pour illustrer un poème en hommage à notre illustre sylvain sous la forme d’un rouleau de parchemin. Si vous observez bien l’arête du rocher au dessus du parchemin, vous y verrez une jolie trace de mortaise, une échancrure dans l’arête, qui atteste que ce bloc fut en partie exploité. Ce sonnet est ancien. Grâce au photographe passionné d’histoire Olivier Blaise, animateur du très beau site www.Fontainebleau-photo.fr, j’ai appris que, daté de mai 1875, il figurait en page de garde de la 18e édition du guide Denecourt, publiée en 1876. Il figure également dans le Dictionnaire historique et artistique de la Forêt de Fontainebleau de Félix Herbet publié en 1903. Ce poème est signé Bethmont.  J’ignore s’il s’agit de l’un des membres de la famille du célèbre Eugène qui fut ministre sous la Seconde République. Un graffiti maladroit au bas du rocher mentionne quelques lettres peu lisibles avec une date : 8 mai 38. S’agit-il de la date d’une première restauration de la peinture ? je l’ignore également. Au fil des ans l’image s’est effacée progressivement sous l’effet des intempéries et de la mousse qui la recouvrait mais récemment le poème a trouvé une nouvelle jeunesse.  Selon Louis Broch – auteur d’un précieux ouvrage en ligne consacré aux inscriptions de la forêt de Fontainebleau depuis le XVIIème siècle hébergé sur le site www.pofableau.com – : « deux personnes l’ont repeinte en septembre 2018 d’après une carte postale ancienne ». Les carriers pouvaient-ils imaginer que les parois de certains blocs serviraient un jour de support pour l’expression de poètes et d’artistes ?. Patrick Dubreucq.


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Un bel exemple de longue trace de mortaise au Grand Mont Chauvet dans le massif de Fontainebleau

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Trace de mortaise au Grand Mont Chauvet, 2018. Cliché P. Dubreucq.

Cette trace de mortaise figure parmi les plus longues repérées en forêt de Fontainebleau sur un bloc de grès. Elle mesure 1,5m environ. On remarque bien la forme d’abord évasée de la mortaise avec ensuite un fond plus étroit. Le bloc est situé dans le secteur nord du Grand Mont Chauvet dans une carrière à proximité de la route des Hauteurs de la Solle (parcelle 260). Selon Pierre Dan, le grès qui a servi à la construction du Château de Fontainebleau fut extrait du Grand Mont Chauvet (voir la publication du 14 juin 2020 consacrée au banc royal). Selon F. Herbet (1903), on y exploite des carrières en 1638, 1640, 1658.  Selon P. Domet (1873), le Grand Mont Chauvet fait partie de la liste des cantons autorisés à l’exploitation des carriers par l’arrêté des Consuls du 21 octobre 1801. Cette autorisation est renouvelée par l’arrêt de l’administrateur général des forêts de la Couronne, en forme de cahier des charges du 16 septembre 1809. Enfin l’ordonnance royale de 20 avril 1825 confirmée par celle du 20 mars 1830 indique que le « banc royal, au triage du Grand-Mont-Chauvet sera réservé uniquement au château de Fontainebleau attendu la qualité de sa pierre ».

Dater une carrière est un exercice difficile. Il fut un temps où je pensais que la taille des mortaises pouvait servir d’indice pour mesurer l’ancienneté d’une carrière. Plus elles sont longues et espacées plus elles seraient anciennes. Certes, les carrières en exploitation au XXème siècle en dehors de la forêt domaniale montrent des mortaises de petite taille, nombreuses et rapprochées mais les choses ne sont pas aussi simples pour les siècles qui précèdent. On peut rencontrer dans une même carrière plusieurs tailles de mortaises. J’y reviendrai dans d’autres publications. Pour en savoir plus sur les mortaises et leurs traces consulter les publications des 15 et 16 juin 2020. Patrick Dubreucq.


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Monticules d’écales recouverts de végétation au Rocher du Long Boyau dans le massif de Fontainebleau

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Monticules d’écales recouverts de végétation, 2016. Cliché P. Dubreucq.

Lorsque la platière de grès est exploitée durablement et avec intensité, il lui arrive de reculer de plusieurs dizaines de mètres voire de disparaître totalement. C’est ce que l’on peut observer, à proximité du sentier des carriers dans la partie orientale du Rocher du Long Boyau où les carrières se sont multipliées dans la seconde partie du XIXème siècle conjointement sur le versant nord et le versant sud (parcelles 120-121). Il ne reste alors que les monticules d’écales peu à peu recouverts de végétation. Le paysage est transfiguré

Selon P. Domet, le canton du Long Boyau  est ouvert aux carriers sous le Second Empire par  » l’Empereur lui même » pour répondre « aux sollicitations des carriers ». Cependant nous savons, grâce aux archives municipales, que dès 1848, cinq carriers de Fontainebleau y travaillent pour le compte de la ville. Grâce à un « état général des carriers » dressé par l’administration forestière afin d’aider le commandant de gendarmerie de la garde impériale du Palais à assurer la sûreté de l’empereur Napoléon III lors de son séjour à Fontainebleau, nous savons que 43 carriers travaillent au Rocher du Long Boyau en 1858. 33 habitent Fontainebleau dont 13 dans la rue Saint-Merry. Patrick Dubreucq

 


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Monticules d’écales mis à nu après un incendie au Rocher Fourceau dans le massif de Fontainebleau

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Monticules d’écales après un incendie au Rocher Fourceau, 2019. Cliché P. Dubreucq

Les “écales” désignent les « détritus » de grès fort abondants qui « s’accumulent avec les terres de déblais derrière les carriers au fur et à mesure que ces derniers avancent » (Domet 1873).  Les monticules d’écales sont aujourd’hui le plus souvent recouverts par de la végétation et n’offrent plus le spectacle de « désolation » que dénonçaient les auteurs du XIXème siècle. Cependant, lorsqu’un incendie éclate, comme ici au Rocher Fourceau (parcelle 70), on mesure l’ampleur de l’exploitation passée. Le Rocher Fourceau fait partie des platières de grès les plus  exploitées par les carriers dans le massif de Fontainebleau au cours du XIXème siècle. Il  figure dans la liste des cantons autorisés à l’exploitation des carriers par l’arrêté des Consuls du 21 octobre 1801. Cette autorisation est renouvelée par l’arrêt de l’administrateur général des forêts de la Couronne, en forme de cahier des charges du 16 septembre 1809. L’ordonnance royale du 20 avril 1825 renouvelée le 20 mars 1830 précise qu’en raison de leur qualité, les grès du Rocher Fourceau « seront réservés exclusivement aux entrepreneurs du pavé de Paris et des ponts et chaussées ». (Voir la carte dans la publication du 13 juin). Patrick Dubreucq.


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Les traces de mortaises du Haut Mont : un bel exemple du travail des anciens carriers de grès du massif de Fontainebleau.

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Traces de mortaises dans le secteur du Haut Mont, 2019. Cliché P. Dubreucq

Nous avons vu dans la précédente publication du 15 juin à quoi ressemblait une mortaise et  nous avons appris qu’il s’agissait du procédé le plus courant pour abattre et débiter la roche de grès dans les siècles passés. Une fois qu’un bloc est abattu ou débité il reste une demi-mortaise sous la forme d’une échancrure dans l’arête de la roche. Cette trace de mortaise est fréquente dans les fronts de taille ou dans les blocs incomplètement exploités des anciennes carrières. Comme le montre cette photo, si vous vous rendez au premier point de vue du Haut Mont (sentier bleu n°17, boucle sur la route de la Canepetière, parcelle 521) dans le secteur sud-est de la forêt, vous en verrez de beaux exemples. Les vestiges des anciennes carrières y sont impressionnants.  Selon Paul Domet (1873), le Haut Mont fait partie de la liste des cantons autorisés à l’exploitation des carriers par l’arrêté des Consuls du 21 octobre 1801. Cette autorisation est renouvelée par l’arrêt de l’administrateur général des forêts de la Couronne, en forme de cahier des charges du 16 septembre 1809.


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Á propos des mortaises creusées par les anciens carriers de grès du massif de Fontainebleau

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Mortaise dans un bloc de grès au Rocher Fourceau, 2019, cliché P. Dubreucq.

Voici un exemple de mortaise bien conservée dans un bloc qui n’a finalement pas été totalement débité au Rocher Fourceau. Qu’est-ce qu’une mortaise ?  Paul Domet dans son histoire de la forêt de Fontainebleau publiée en 1873 nous dit qu’il s’agit d’une sorte de gouttière creusée dans la roche à l’aide d’un « marteau pointu » dans laquelle « on introduit ensuite des coins en fer qui, enfoncés à tour de bras, font fendre les blocs de grès ». C’est le procédé le plus courant pour abattre et débiter la roche de grès dans les siècles passés. S. Dupain dans son histoire du pavé de Paris publiée en 1881 précise : « On opère la cassure en déchargeant de très haut sur le coin (…), de grands coups d’une masse de fer dont le manche est long et flexible. Chaque coup imprime et transmet dans toutes les molécules de l’épaisseur du banc… une secousse profonde et un ébranlement violent et comme l’effort du coin est à la fois vertical et latéral, le bloc finit par se fendre et la dalle s’en sépare”. Les mortaises appelées aussi boîtes à coins ont des tailles très variables. Leur profondeur ou leur largeur n’excède généralement pas 10 cm dans les exploitations anciennes.  Leur longueur peut varier de 1,5 mètre à quelques centimètres. Elles sont alors plus nombreuses et rapprochées. C’est ce dernier type que l’on observe dans les exploitations du XXème siècle en dehors de la forêt domaniale. Patrick Dubreucq.


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Á propos du « banc royal » dont le grès a servi à la construction du château de Fontainebleau.

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Plaque apposée par les AFF en 1936 près du Chaos d’Apremont (parcelle 716). Cliché D.P.

On s’interroge encore sur la provenance exacte du grès de qualité supérieure qui a servi à la construction du château de Fontainebleau et désigné sous le nom de banc royal. Pierre Dan (1642), situe la carrière au Grand Mont Chauvet, avec un grès « si beau qu’il a presque le poli du marbre ». De même l’ordonnance royale de 20 avril 1825 confirmée par celle du 20 mars 1830 indique que le « banc royal, au triage du Grand Mont Chauvet sera réservé uniquement au château de Fontainebleau attendu la qualité de sa pierre ». Cependant Paul Domet (1873), dans son histoire de la forêt de Fontainebleau situe le « banc royal » au Mont Ussy. Une plaque apposée par les Amis de la forêt de Fontainebleau, en 1936, situe la carrière non loin du Chaos d’Apremont (parcelle 716) sans que l’on sache pour le moment sur quelles sources s’appuie cette dernière démarche.

Ce paragraphe est en partie extrait de la brochure de 48 pages intitulée « Les grès à Fontainebleau. Carrières et carriers », un travail collectif réalisé à l’initiative de la Commission Carrières et Carriers et de son président M. Jean Pillot et publié en 2016 par l’association des Amis de la Forêt de Fontainebleau (AFF). Pour en savoir plus, cliquez ici.


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Carte des platières de grès exploitées par les carriers du massif de Fontainebleau entre 1825 et 1830

1825 carrières dubreucq - ThiryLa carte établie avec l’aide du géologue Médard Thiry (1) à partir de la liste définie dans l’article 2 de l’ordonnance royale du 20 avril 1825, renouvelée le 20 mars 1830, montre que pas moins de quinze platières sont autorisées à l’exploitation durant cette période du XIXème siècle. Les grès étaient destinés principalement aux besoins locaux des ponts et chaussées ou exportés en direction de la capitale pour le service du pavé de Paris ou de la banlieue. Les grès transitaient alors par le port de la Gravine en bordure du Loing ou par les ports de Valvins et de la Cave en bordure de Seine. On note qu’aucune exploitation n’est explicitement inventoriée dans le secteur ouest de la forêt entre Fontainebleau et Arbonne. Ce secteur sera exploité plus tardivement. Patrick Dubreucq.
(1) Médard Thiry est l’auteur principal d’un « guide des curiosités géologiques du massif de Fontainebleau » écrit avec la collaboration de Marie Nives Liron, Jean-Claude Polton et moi-même. Il est publié en 2017 aux éditions du BRGM et disponible en librairie. Pour en savoir plus cliquer ici


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Juin 2020 : partager davantage de connaissances sur les carrières de grès du massif de Fontainebleau

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Front de taille dans le secteur du Croc-Marin. mai 2020. Cliché P. Dubreucq

Après la création le mois dernier d’une  page facebook consacrée aux « carrières de grès du massif de Fontainebleau » j’ai pu constater qu’un nombre important de personnes intéressées n’utilisent pas ce réseau social. C’est pourquoi ce blog ne se contentera plus d’annoncer les actualités sur le grès. Il servira aussi de relai pour partager des connaissances autour de ce thème. Pour commencer, voici un front de taille dans le secteur du Croc-Marin, parcelle 548, visité le 11 mai 2020. Nous savons grâce à un « état général des carriers » dressé par l’administration forestière – afin d’aider le commandant de gendarmerie de la garde impériale du Palais à assurer la sûreté de l’empereur Napoléon III lors de son séjour à Fontainebleau – qu’en 1858, Il y a plus de 150 ans, 25 carriers travaillaient dans ce secteur. Ils habitaient tous le village de Montigny-sur-Loing ou le hameau de Sorques. Patrick Dubreucq.